J’irai taguer sur vos tombes – Oré

Pourrais-tu te présenter ?
Oré, 35 ans, normand. Définitivement accro au graffiti, mais aussi aux autres expressions esthétiques dans les rues (affiches, pochoirs, stickers, collages divers et variés).

Quand as-tu commencé à t’intéresser au graffiti ?
En 1989, je trace mes premiers tags au marker dans des cages d’escaliers. Depuis le Graffiti fait partie de mon existence. Pas un jour ne s’écoule sans que je sois traversé par l’envie de peindre tel ou tel endroit de la ville.
Pour ma part, le Graffiti est davantage un mode de vie qu’une simple activité créatrice (« We do Graffiti, we fuck Graffiti, we are Graffiti »).
J’ai découvert le Graffiti en liaison avec la culture Hip-hop. Cependant, ce lien originel n’a plus beaucoup d’importance maintenant pour moi. Mes références proviennent désormais autant du Rock (je suis notamment grand fan de Noir Désir, Manu Chao, The Clash), même si j’adore des gens comme La Rumeur ou Casey.
Mes voyages et mes lectures m’influencent énormément.
Cependant, les racines du Graffiti classique sont toujours en moi, elles forment mon « background » culturel : je n’oublie pas que j’ai peint des lettrages et des tags durant de longues années.

Ce livre, c’est histoire de garder une trace de toutes ces années ?
En effet, après 20 ans de peinture, j’avais envie de faire un bilan.
50% des œuvres présentées dans le livre ont aujourd’hui disparu.
J’ai voulu retracer mon parcours de graffeur et montrer l’évolution de ma peinture.
Je débute ainsi le livre par des photos de mes premiers lettrages, pour finir par une présentation du spectacle « Ecoute Les Murs Parler », en passant par le collage des Quetzalcóatls et les réalisations de fresques.
Enfin, je suis depuis deux ans membre d’une association (La Sauce Aux Arts) où il existe une branche Éditions. Donc il y avait les gens pour m’aider à réaliser ce projet.

Qu’est-ce qui a finalement été le plus compliqué dans la conception de ce livre ?
Créer une ambiance et trouver une rythmique au niveau de la mise en page qui soient cohérentes et agréables tout au long du livre.
Et que l’aspect général de cet objet traduise bien mon état d’esprit de peintre.
La première maquette élaborée au bout des 4 premiers mois de travail avait d’ailleurs déçu les potes de l’association. Ce fut un long et difficile processus pour trouver la bonne manière de présenter mes peintures.

D’où te vient cet intérêt pour le Mexique et les civilisations précolombiennes ?
Les mystérieuses cités d’or ou une séduisante  prof d’Histoire Géo ?

Depuis mon enfance, j’ai toujours ressenti un profond intérêt pour l’Histoire.
J’ai d’ailleurs obtenu une maîtrise d’Histoire il y maintenant quelques années…
J’ai toujours trouvé la muse Clio très séduisante…
Pour ce qui est du Mexique, j’y suis allé pour des séjours plus ou moins long depuis 1996.
En 1996, c’est la possibilité de rencontrer les Indiens zapatistes au Chiapas qui m’a décidé (et l’envie de voyage en terre latine…).
Au fil du temps, et de plusieurs séjours là-bas, j’ai visité les principaux sites archéologiques et musées du Mexique et du Guatemala. Différentes lectures sur les mythologies mayas et aztèques m’ont également apporté certaines références, notamment celle du Serpent à plumes,  le « Quetzalcóatl ». Le dessin animé « Les mystérieuses cités d’or » est d’ailleurs excellent pour les petits, pour acquérir certaines notions sur les civilisations précolombiennes.

A part le Mexique, y’a-t-il d’autres pays ou villes qui t’ont marqué ?
J’aime le voyage. Une de mes expressions  fétiches en anglais est « Travelling, Smoking, Painting ». Beaucoup de lieux et villes sont importants pour moi. La Grèce a une place particulière, comme le Mexique, car l’histoire de ma famille est fortement liée à cette terre méditerranéenne.
Mais, on peut déplorer une espèce de culture urbaine mondiale qui nivelle tout (plutôt vers le bas) et qui tue les différences entre les lieux. Ainsi,  dans mes souvenirs d’adolescent, certains quartiers d’Athènes avaient une réelle saveur presque orientale (comme le marché du boulevard Athinas). Aujourd’hui, c’est grande enseigne (Zara, Séphora, Mac Do et compagnie…) et caméras de surveillance. Et quasiment toute l’Europe, voire le monde entier, s’uniformise ainsi à grand pas.

Pourrais-tu nous citer quelques artistes dont tu apprécies le travail ou qui ont eu une influence sur tes productions (pas forcément seulement dans le graffiti) ?
Je suis admiratif, et je les considère comme des « maîtres » pour moi, de gens  comme Invader, JR, Bansky, Jace. J’aime particulièrement aussi les travaux de L’Atlas, Os Gemeos, André, Zeus.
Je suis un peintre autodidacte, c’est le tag qui m’a amené à ce que je fais aujourd’hui.
Donc je demeure extrêmement influencé par les gens du milieu Graffiti et Art de rue.
Cependant, je me forge petit à petit une culture artistique classique, afin de connaître un peu mieux l’art occidental en général, et nourrir ainsi ma création.

Si je passe par Caen as-tu un ou deux endroits à me recommander ?
Au niveau graffiti, peinture ou en général ?
Les deux…
Au niveau général, rien  de particulier à signaler sur la tranquille capitale de la Basse-Normandie…
Au niveau graffiti, là aussi on pourrait dire qu’il n’y a pas forcément beaucoup à voir.
Il se passe quand même des choses. Des gens comme Sane2, Akor, Blast peignent beaucoup et font avancer le mouvement, chacun à leur manière. Leurs crews  322 et DLT sont les plus actifs dans le coin. Les KSF et ECF, avec Nore, Hope, 1ER, Kaps posent aussi pas mal. Et puis, le pochoiriste Artiste Ouvrier vient de s’installer ici.
Sinon, si il y a un endroit à visiter pour voir du mur peint, proche du centre ville, c’est selon moi sur le Campus Universitaire 1 que ça se passe. Forcément, il y a plusieurs de mes fresques, mais pas mal d’autres gens viennent se  poser là  car on y trouve des murs sympas,  vus par tous les étudiants, et pas de patrouille de police pour te déranger.
Le long du canal, le mur d’enceinte de Renaults Trucks (RVI) était  beaucoup peint, mais je ne sais pas si c’est encore le cas. Enfin, sur la commune d’Hérouville, Sane2 met en place pas mal de projets divers. Le site de la SMN à Colombelles est à voir, car c’est le plus vieux terrain, mais trop de toys de gamins.

Des souhaits, des envies, des projets pour les prochains mois ?
Diffuser bien sûr le bouquin le plus largement possible.
Mais surtout, poursuivre dans la belle dynamique de mes 3 dernières années.
A savoir : des serpents à plumes collés un peu partout en France et ailleurs, de belles commandes de fresques, des dates sur de bons festivals avec les potes slamers, zicos et vidéastes pour notre spectacle « Ecoute Les Murs Parler », et enfin, si ce n’est pas trop demander, encore quelques endroits sympas pour exposer.
Et pour finir, avec une légère ironie : avoir des critiques dithyrambiques, avec  des articles de 5 pages,  dans tous les magazines du petit milieu graffito-streetarto-tendance-fashion…

Le site d’Oré: http://www.artore.org/

Pour commander le livre d’Oré (20€ frais de port compris):  J’irai taguer sur vos tombes.

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2 Responses to J’irai taguer sur vos tombes – Oré

  1. vitostreet says:

    ca fait plaisir de voir une interview de Oré
    merci à vous deux

  2. beck says:

    Sympa les dragons

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